Le voyage de La Pérouse de 1785 à 1788

Pourquoi confie-t-on la mission au comte de La Pérouse ?

Il paraît être le seul élu à affronter les dangers d'une longue navigation dans des mers inconnues et au milieu de pays, d'îles habitées par des "barbares ". C'est le maréchal de Castries, ministre de la marine qui le recommande au roi. Il quitte donc le port de Brest le 1er août 1785 commandant la flûte la Boussole. La flûte l'Astrolabe l'accompagne sous les ordres du sieur Paul-Antoine Fleuriot de Langle. Le sieur de La Pérouse est bien évidemment commandant en chef de ces deux navires. Cent douze personnes embarquent à bord du premier et cent quatorze sur le second. Chaque navire emporte pour 3 ans de vivres soit environ 350 tonneaux de vivres chacune*( *DUNMORE (John) et DE BROSSARD (Maurice), Le Voyage de Lapérouse 1785-1788, Récit et documents originaux, Préface de Michel MOLLAT DU JOURDIN, Paris, Imprimerie Nationale, 1985, Page 49 tome 1.). La Pérouse envoie régulièrement des lettres en France. Le rapport de son voyage arrive à Versailles par l'intermédiaire de M. de Lesseps (l'oncle de Ferdinand, le perceur du Canal de Suez), son jeune interprète russe. Ce jeune homme de vingt-deux ans devient en septembre 1787, pendant quelques jours, l'aide de camp du gouverneur du Kamtchatka. Il va ensuite continuer son incroyable retour à travers la Sibérie, la Russie en traîneau, puis l'Allemagne pour arriver enfin à Versailles le 18 octobre 1788. Il arrive avec deux caisses de documents : des cartes, des lettres et le journal de bord de La Pérouse (journal dicté ou parfois écrit de sa main), ce dernier est conservé aux Archives Nationales.

Atlas de La Pérouse..........................................page de titre

Des nouvelles de La Pérouse nous parviennent encore datées de janvier 1788 de Botany-Bay (Côte orientale de l'Australie) ; soit deux ans et demi après son départ de Brest. Le temps passe et trois plus tard, on n'a toujours pas de nouvelles de lui. Hélas ! Il faut se rendre à l'évidence que les nouvelles de Botany-Bay étaient les dernières.

Fleuriot De Langle  page 77 du fascicule de l'Association Lapérouse d'Albi

Un décret de la Convention de 1791 ordonne l'impression des cartes et mémoires envoyées heureusement régulièrement par la Pérouse lors des escales. A qui va-t-on confier la rédaction et la mise en page de ces notes de voyage ? Ce devait d'abord être l'ex-ministre de la marine de Fleurieu. C'est finalement M. L. A. Milet-Mureau, Général de brigade dans le corps du Génie, Directeur des fortifications, ex-Constituant, membre de plusieurs Sociétés littéraires de Paris qui s'en charge. Le fruit de son travail est édité en 1798. Le premier tome ne fait que reprendre toutes les pièces préliminaires relatives à l'expédition. Milet-Mureau y ajoute la traduction d'un voyage espagnol dont le manuscrit a été envoyé par La Pérouse. Le deuxième et le troisième volume comprennent le journal de la totalité du voyage et les tables de la route des deux frégates avec le résultat des observations astronomiques et météorologiques. Le quatrième volume est composé de mémoires ou pièces détachées envoyées au gouvernement par les savants employés dans l'expédition et de quelques "fragments épars dans les journaux de physique " que l'auteur a réunis.

 

Le mémoire des instructions de Louis XVI que Milet-Mureau reprend en tome 1 de son édition se décompose en cinq parties. La première contient l'itinéraire ou projet de navigation, suivant l'ordre des découvertes à faire ou à perfectionner. La seconde partie concerne tout ce qui est relatif à la politique et au commerce. La troisième expose les opérations relatives à l'astronomie, à la géographie, à la navigation, à la physique, et aux différentes branches de l'histoire naturelle, et règle les fonctions des astronomes, physiciens, naturalistes, savants et artistes employés dans l'expédition.

Un modèle de caisse utilisée pour le transport des plantes....................................................................................................................

Y a-t-il fréquemment en Amérique des hommes dont les mamelles contiennent du lait assez abondamment pour nourrir des enfants ?

La quatrième partie des instructions prescrit au sieur de La Pérouse la conduite qu'il devra tenir avec "les peuples sauvages ". La cinquième partie, quant à elle, indique les précautions à prendre pour conserver la santé des équipages. A ces cinq parties sont ajoutés d'autres mémoires contenant une liste de questions posées par l'Académie de médecine et par celle des sciences. Nous relevons encore beaucoup d'ignorance au siècle des Lumières à la lecture des questions posées : " Y a-t-il fréquemment en Amérique des hommes dont les mamelles contiennent du lait assez abondamment pour nourrir des enfants, comme on l'a dit ? La vie sauvage rend-elle l'amour périodique chez plusieurs nations ? … " Il faut aussi y ajouter la liste des personnes embarquées et leur fonction, la liste des livres emportés pour les savants, la liste du matériel et des instruments pour servir ces mêmes savants. Parmi eux nous citerons à titre d'exemples : M. Dagelet, de l'Académie des sciences, et M. Monge, l'un et l'autre professeurs de mathématiques à l'école militaire, embarqués en tant qu'astronomes, M. de Lamanon, de l'Académie de Turin, correspondant de l'Académie des sciences, physicien, minéralogiste, météorologiste... M. Monge débarquera à Ténériffe à cause d'une santé de plus en plus mauvaise et retournera en France... ( Cliquer ici pour avoir la liste des ingénieurs, savants et artistes embarqués.)

Médaille à l'effigie de Louis XVI avec les noms de navires

 

Il nous semble intéressant de préciser qu'on nous donne la liste exhaustive des marchandises et effets embarqués sur l'Astrolabe et la Boussole tant pour faire des échanges que pour donner en présents. Parmi celles-ci nous trouvons des outils, de la bijouterie, des tissus, des médailles en or, en argent, en cuivre à l'effigie du roi avec le nom des navires, et bien d'autres car la liste est longue. Ainsi ce sont 1400 paquets de rassades ou grains de verre de couleur assortie, 2000 haches et herminettes ; nous citons volontairement ces deux exemples car ce sont souvent la verroterie et le fer que les Indiens demandent en priorité.

1400 paquets de rassades, 2000 haches et herminettes

Il nous semblait important d'insister sur le contenu de ce premier tome car l'édition de luxe de 1972 par exemple ne se limite qu'au récit du voyage de La Pérouse ; de lecture beaucoup plus aisée d'ailleurs puisqu'il n'y a pas toutes les notes de bas de page de Milet-Mureau des tomes 2et 3 de l'édition originale, ni le contenu du tome 4.

 

 

Pour le contexte de l'expédition cliquer ici.