CHAPITRE II

(page 22) ... "Ainsi Lapérouse commence-t-il sa carrière maritime pour y apprendre la construction, le gréement et la manoeuvre des navires. Le côté militaire est l'apprentissage du maniement des armes individuelles et surtout l'emploi des canons, instrument de la victoire tant que l'on n'est pas au corps à corps. Son comportement à Brest semble être aussi turbulent qu'à Albi car on trouve à cette époque des curiosités dans les livres de compte de Clément de La Jonquière, qui s'occupe en détail des dépenses de son jeune cousin. Outre les frais courants de pension et d'habillement il y a des rubriques telles que de la monnaie pour ses plaisirs (6livres), l'auberge de la prison (?) pour 16 livres en février 1757, et le raccommodage de son épée, qui avait peut être trop servi. Cela ne semble pas altérer l'estime que son tuteur lui porte car six mois après son arrivée à l'école en mars 1757 il est déjà embarqué avec Clément de La Jonquiére sur le Vaisseau le Formidable pour ravitailler Québec. A peine rentré, il repart au Canada avec le Lieutenant de Vaisseau de Ternay sur la frégate Zéphyre, toujours vers le Canada, mais dans un contexte plus difficjle, la défense de Louisbourg. En fait Ternay deviendra son véritable tuteur, et l'appellera souvent à ses côtés jusqu'à sa mort, survenue à Newport pendant la guerre d'Indépendance des Etats-Unis. Louisbourg, au Canada(Provinces Maritimes), dans l'île Royale. Lapérouse, après toutes ces expériences pratiques, ne reviendra à l'École, alors que sa préférence va manifestement vers la vie à la mer, qu'en novembre 1758 jusqu'à l'été 1759, la théorie étant indispensable pour être nommé Garde. D'ailleurs à cette époque se développe notamment à partir de Brest un nouvel esprit scientifique avec la création de l'Académie de Marine sur le modèle de l'Académie des Sciences. Il s'agit à la fois de théorie pure, comme l'astronomie (suite à la page 24) à base de mathématiques, de techniques comme la

Louisbourg

mesure précise du temps et des angles, des problèmes de stabilité et de forme des navires, ou de performance d'artillerie. Lapérouse profite particulièrement des nouvelles tactiques de combat et des normes d'hydrographie. Elles lui seront utiles par la suite, car elles font toute la différence pour une navigation sûre et un atterrissage précis, sans tâton-nement renouvelé à chaque escale. Mais les circonstances veulent que sa période studieuse soit encore courte, car la menace anglaise est grandissante. Dés l'été 1759 il est à nouveau embarqué sur le Formidable portant la marque du chef d'Escadre Saint André du Verger, une des composantes de la flotte du Maréchal de Conflans, comportant une vingtaine de vaisseaux. Il assiste impuissant à la neutralisation ou la destruction de l'essentiel de la flotte française de Louis XV, qui s'est laissé enfermer en baie de Quiberon. Le vaisseau Amiral Soleil Royal, échoué devant le Croisic sera brûlé, 7 vaisseaux et frégates volontairement isolés en baie de la Vilaine, et 7 autres vaisseaux réussiront à s'échapper vers Rochefort. Ce sera une nette victoire de l'Amiral anglais Hawke, malgré la perte de quelques uns de ses propres vaisseaux. Près des Cardinaux le Formidable, canonné des deux côtés subit un véritable carnage, y compris dans son État-major, et doit se rendre, prêt à couler. Il est secouru par les anglais, qui ne souhaitent pas s'encombrer des blessés graves. Lapérouse, lui aussi blessé, est libéré sur parole; il fera partie des échanges de prisonniers habituels à cette époque. En tout cas on le retrouve sur le registre des Gardes de la Marine de Brest en 1760-61. Plus tard, De Temay le prend avec lui pour un déséchouage en 1762 des vaisseaux de la Vilaine, pour les ramener à Brest en réparation, à la barbe des anglais. Ce sera un grand succès pour de Temay, qui assurera ainsi sa carrière. Malgré cet apport de vaisseaux récupérés, la Marine manque cruellement de navires. Les embarquements dignes de ce nom sont difficiles à trouver, alors que Lapérouse est toujours demandeur. Il est enfin nommé Enseigne en octobre 1964, à 23 ans..."

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