CHAPITRE VII

Quelques extraits page 62, 63, 64 et 65

"Après la paix de 1763 le nouvel Enseigne Lapérouse transporte des mâts des Pyrénées sur les gabares avant de partir à l'lIe de France avec Ternay comme futur Gouverneur. Il effectue des liaisons locales (Madagascar, l'lIe Bourbon). Puis Ternay lui confie la flûte armée la Seine pour naviguer vers les Indes, avec laquelle il assurera seul la défense de Mahé, le Résident étant très malade. En effet, rentrant de Surate à l'embouchure de l'Indus, il découvre une troupe d'indiens alliées d'Hayder ali Khan, un "ami" auquel il avait livré 3 mois auparavant des armes sur ordre du Gouverneur de Pondichery, qui assiégeaient notre poste. Il débarque hommes et canons de son navire et d'un autre navire de commerce français "Les trois amis", établit des retranchements, tire à mitraille sur les 10.000 assaillants et en tue des centaines: Mahé reste sous souveraineté française. C'est sa première bataille comme chef militaire, ce qui lui vaut la Croix de Saint Louis, dès son retour en France. Pendant la guerre d'Indépendance des colonies anglaises d'Amérique il a plusieurs occasions de se distinguer. A Charleston, en septembre 1789, il prend en chasse avec son navire l'Amazone la frégate anglaise l'Ariel, récente et redoutable, doublée de cuivre, commandée par le fils d'un amiral anglais qui avait déjà fait 90 prises sur la côte. C'est un combat à armes égales entre deux partenaires comparables. Il peut s'en emparer après une forte résistance (12 tués à son bord) ayant réussi à lui couper ses trois mâts. Il pourra non sans mal le remorquer à Savannah, transformant ainsi un ennemi en bon navire de son Roi... Sur le plan du courage et de l'habileté manoeuvrière un Commandant comme Lapérouse vaut bien un "Captain" anglais de tradition. Ce sera encore le cas en 1781 quand le groupe qu'il commande, composé de l'Astrée de Lapérouse et de l'Hermione de Latouche Tréville, quitte Boston pour patrouiller à l'entrée du Saint Laurent au large de Louisbourg, ce qui lui rappelle sa jeunesse devant une ville devenue anglaise. Le 21 juillet il aperçoit un convoi anglais d'une vingtaine de marchands escortés par 6 navires de guerre, dont 2 frégates. Le convoi qui était près de terre se réfugie dans la baie des Espagnols, mais avant la nuit Lapérouse inflige des pertes sévères au Jack de 14 canons et au Charleston de 28 canons qui, bien qu'ayant amené son pavillon pour faire cesser le combat, s'enfuit malhonnêtement pendant une nuit particulièrement noire. Lapérouse a 15 morts ou blessés, et les pertes de Latouche Treville sont du même ordre. Le bilan de sa croisière est, outre les dégâts infligés à l'ennemi, la prise du Jack et, lors d'un combat différent, du Thom, corvette de 20 canons doublée de cuivre et de 3 navires marchands anglais. Il apprend en rentrant à Boston qu'un groupe de 3 frégates d'Halifax le recherche activement sur les côtes de Nouvelle Ecosse. Ce raid victorieux est considéré comme un combat important et le peintre marin Rossel est chargé de l'immortaliser par un grand tableau, déposé au musée de la Marine de Rochefort, baptisé "combat de Louisbourg". En fait ce tableau, comme beaucoup de tableaux de batailles

Tableau de Rossel avec Lapérouse sur l'Astrée

Cet extrait du tableau de Rossel représente sensiblement la phase 2 du croquis ci-dessous avec Lapérouse au centre sur l'Astrée et Latouche-Tréville sur l'Hermione à gauche.

marines, ne rend pas bien compte des phases du combat, bien mieux expliquées sur un croquis du lieutenant Mutton sur l'Hermione, qui a été conservé, dont la "seconde position" est ce qui se rapproche le mieux de la représentation sur toile. Ce sera encore une preuve que la Marine de Castries est de nouveau en mesure

Combat soutenu par l'Astrée avec Lapérouse

d'inquiéter la Marine anglaise, alors que la réputation de "chef de guerre" de Lapérouse grandit en France et à l'étranger. La guerre Atlantique contre la flotte anglaise se déroule entre les Antilles et Terre-Neuve. De Grasse, Amiral en chef qui avait permis une victoire décisive des Insurgents dans la Cheasapeake, fut moins heureux contre Rodney aux Saintes près de la Guadeloupe. Le 12 avri1 1782, vaincu et prisonnier, il accuse ses subordonnés d'avoir mal exécuté ses ordres et un tribunal maritime à Lorient est chargé d'en décider. Lapérouse, comme les autres commandants de l'Escadre, doit se tenir à disposition du Tribunal, mais il est rapidement mis hors de cause car il était chargé à ce moment de remorquer avec l'Astrée le vaisseau désemparé le Zélé vers la rade de Basse Terre en Guadeloupe pour le mettre à l'abri des canons de son fort. Après tous ces événements un projet ancien est repris par Vaudreuil, le successeur de De Grasse, qui a regroupé les forces françaises à Haïti, pour détruire par surprise les forts de collecte de fourrures anglais de la baie d'Hudson. Lapérouse est chargé de ce raid et on lui en donne la responsabilité sur le vaisseau Sceptre de 74 canons, l'Astrée étant confié à son ami de Langle et une seconde frégate l'Engageante au Lieutenant de Vaisseau de la Jaille. Il faut préserver le secret dans des Antilles remplies d'espions, d'où un sous équipement manifeste contre le froid. Le créneau nautique pour pénétrer dans la baie d'Hudson est très court entre la débâcle et les premiers gels, avec des cartes marines très insuffisantes, bien que l'on connaisse la forme générale de la baie. La partie nautique de l'expédition est hasardeuse, et coûte aussi beaucoup de vies humaines par le froid et les maladies; par contre la défense des forts anglais, pour laquelle les troupes avaient été embarqués à Saint Domingue, est très faible tant cet assaut par la mer était inattendu pour les anglais. Cette opération leur coûte plusieurs milliers de livres et la récolte des fourrures. Elle attire l'attention sur Lapérouse tant en France qu'en Grande Bretagne: C'est de l'admiration pour ses capacités nautiques et militaires. La façon dont il traite le Gouverneur-Explorateur anglais Samuel Heame est au moins autant remarquée, et aussi la solidarité entre européens, en permettant aux anglais restés pour un hivernage sur place de ne pas mourir de faim et de froid, et de pouvoir se défendre contre les populations indigènes. Néanmoins les forts et leur armement lourd sont évidemment détruits. On voit se dessiner dans tout ceci le caractère de Lapérouse franc et batailleur, ne reculant jamais devant un combat et son achèvement, même si le prix à payer est lourd en morts de combat ou de maladies. C'est une conséquence inévitable et dont il se désole toujours beaucoup, car il a aussi un coeur généreux. Mais ce n'est pas un naïf, il connait son métier et prend des risques calculés. On le sent proche de collègues comme Suffren, nettement plus âgé que lui, mais avec lequel il a sympathisé. Sa réputation d'humaniste le fera choisir comme le meilleur Commandant d'une expédition de temps de paix, dont on espérait peu de morts...et beaucoup de découvertes."