Le Prairial pavoisé au mouillage à Terney

Photographies et textes extraits du magazine "Cols bleus" N° 2796 du 02 septembre 2006.

Titre de l'article : "Exploration Pacifique"

Texte et photos : L'équipage du Prairial.

Documents reproduits avec l'aimable autorisation du Directeur de la rédaction : Hervé Bellec, capitaine de frégate.

10 mars 2006, la frégate de surveillance Prairial appareille de Papeete pour une mission de coopération de 95 jours qui la mènera depuis l'Australie jusqu'à Sakhaline en passant par le Japon, Hawaii et les Marquises. Aux orientations "classiques"[recueil du renseignement, coopération militaire, etc.) données en début de mission, vient s'ajouter une directive singulière : au cours de sa mission, le Prairial reçoit l'honneur de rendre hommage à la mémoire du grand navigateur La Pérouse. Le Prairial sur les traces de La Pérouse et Krusenstern. Cette mission se déclinera notamment à travers l'inauguration à Sakhaline d'un monument situé à Tomari-Penzenskoye, et, sur la côte continentale, au nord de Vladivostok, par un mouillage en baie de Russkaya et une cérémonie de dépôt de gerbe à Terney. Un an et demi après le passage du Vendémiaire, le Prairial va ainsi assurer la continuité de l'effort de mémoire de la Nation en honorant ces différents rendez-vous. À Kholmsk, première escale russe de la mission, l'équipage du Prairial accueille un nouveau membre, le CV (R) JacquesBodin, historien spécialiste de la vie du grand navigateuret membre de l'association Lapérouse-Albi France [voirencadré]. Embarqué pendant quinzejours, ce dernier aura à coeur de faire vivre le souvenir du célèbre Albigeois dans la mémoire des marins et de leurs hôtes russes. Le pèlerinage commence à Sakhaline, à loujno-Sakhalinsk, où un bas-relief en bronze est déposé dans le musée régional. et se poursuit à Tomari- Penzenskoye, où l'Association Lapérouse en liaison avec son homologue russe a érigé un monument en l'honneur du navigateur albigeois. Après trois jours bien chargés, le Prairial quitte 1'î1epour se diriger vers le continent. Après quelques jours passés à Vladivostok, le bâtiment fait cap au nord pour atteindre le point de mouillage choisi par La Pérouse 220 ans plus tôt, en baie de Russkaya. Les embarcations sont mises à l'eau pour permettre le débarquement d'une délégation envoyée fleurir la petite stèle marquant cet emplacement historique. Après un court transit de Russkaya à Terney, le Prairial est à nouveau sollicité pour une nouvelle commémoration devant une autre stèle, plus importante, située en pleine ville et elle aussi érigée par les populations locales. Comme à Penzenskoye ou à Russkaya, la cérémonie est l'occasion de rappeler au souvenir de chacun les prouesses du grand navigateur et de rassembler les peuples français et russe, avant de se dire au revoir et de se donner rendez-vous pour une prochaine visite. Indéniablement, l'histoire apporte beaucoup à la coopération d'aujourd'hui. Lentement, le Prairial quitte alors Terney pour faire cap à l'est et poursuivre ainsi en sens inverse la route suivie en son temps par La Pérouse. Cap sur les côtes japonaises et le détroit de La Pérouse, hydrographiés en leur temps par La Pérouse et le navigateur russe Krusensterne, avant de faire route à l'est pour atteindre à son tour les îles Sandwich [ndlr Hawaï).Après trois jours de relâche consacrés avant tout au ravitaillement et au repos des troupes, la frégate de Polynésie prend alors le large pour se diriger vers NukuHiva, première escale de Krusenstern dans le Pacifique, qui marque le retour du Prairial dans les eaux polynésiennes et la fin d'une mission riche en découvertes et en commémorations.

La Pérouse méconnu

Bien que très médiatisé en raison des circonstances ignorées de son naufrage à Vanikoro, Jean-François de Galaup de La Pérouse est malheureusement beaucoup moins connu pour ses découvertes qui sont pourtant d'un intérêt fondamental pour la géographie moderne. Ayant pour mission de rallier le Kamchatka depuis les Philippines en passant par la mer de Corée (aujourd'hui mer du Japon), le célèbre Albigeois a en effet été le premier hydrographe à cartographier la Russie d'Extrême-Orient, au terme d'une exploration en Manche de Tartarie qui l'a amené, avant tout autre, à constater l'existence d'un détroit reliant la mer du Japon et la mer d'Okhotsk. Face aux incertitudes que présentait le franchissement des eaux dangereuses et peu profondes rencontrées dans la partie nord de son exploration, le grand explorateur a préféré assurer la sécurité de ses deux navires, la Boussole et l'Astrolabe, en rebroussant chemin et en longeant l'île de Sakhaline que l'on croyait encore reliée à l'île d'Hokkaido. C'est grâce à cette manoeuvre que sera découvert le bras de mer, large d'une vingtaine de nautiques, qui sépare les deux terres, espace marin auquel la dénomination "Détroit de La Pérouse"est attribuée. Reconnu depuis longtemps en Russie pour l'importance de telles découvertes, La Pérouse a laissé une trace vivante en Manche de Tartarie à travers, notamment, les toponymes qui sont encore aujourd'hui utilisés pour désigner certaines baies et villes de Russie [voir encadré]. Parmi ceux-ci, la ville de Terney, du nom de l'officier de marine qui motiva le grand navigateur à embrasser une carrière embarquée.

Détroit de La Pérouse